Un article de Matthieu C.
Comment expliquer cette agréable visite ? « L’effet québécois » ou l’efficacité des urgences françaises ?
«
Allo j’suis québécois et j’suis blessé ! »
J’entre à l’accueil des urgences en panique, ma cheville gauche ressemble à une balle de baseball.
Le personnel a le sourire aux lèvres, je deviens la star de l’hôpital à cet instant. « Mais vous êtes en t-shirt ? (Il fait 20 degrés à l’extérieur) Un vrai canadien ! » me dit l’une des préposés à l’accueil du centre hospitalier de Dreux.
« Ah je suis allé à Montréal ! Vous êtes chanceux de vivre au Québec ! » me lance son collègue. Je ne sais pas si on peut parler de chance en ce moment. Je suis en France depuis seulement trois jours et voilà que je m’éclate la cheville de manière complètement banale, alors que je m’apprête à voyager pendant un mois à travers le pays pour couvrir l’élection présidentielle.

On me demande mon passeport, puis mes assurances et hop ! Une infirmière m’installe sur une chaise roulante et me donne deux comprimés de paracétamol.
Cinq minutes plus tard, je suis devant le médecin. Le Docteur Hadj M. se moque de moi gentiment en examinant mon pied. « Allez monsieur Catafard, on vous envoie à la radiographie ! », conclut-il.
On me promène dans les couloirs du bâtiment des urgences, c’est une visite guidée aux premières loges du système de santé français. Je suis confus, je cherche les lits dans les allées mais pourtant non, c’est vide, il y a de l’espace, on n’est vraiment pas dans un hôpital montréalais.
Une fois les radiographies faites, on me remet dans la salle d’attente, ça doit maintenant faire 30 minutes que je suis aux urgences. Je commence à planer, les comprimés font effet, je parle fort et je commence sérieusement à m’amuser ici. Sarah, ma collègue qui m’accompagne, me suggère de baisser le ton. En France, ils sont discrets dans les salles d’attente, parait-il. Peu importe, je ne sens plus la douleur, je me concentre sur l’aquarium face à moi, que c’est beau !
Ça fait une heure qu’on est à l’hôpital. « Monsieur Catafard ? » appelle l’infirmière.
Elle est accompagnée d’une stagiaire. Encore une fois, j’ai droit à toutes les questions sur le Québec, le froid, le fait que je sois en short, la poutine, mon accent, etc.
Je comprends bien à cet instant que je suis dans la salle de pose des plâtres.
Le médecin arrive dans la pièce avec le diagnostic final, résultat : une bonne entorse. Je dois avoir un plâtre pendant une quinzaine de jours, il faudra aussi que je me pique quotidiennement le ventre avec un anticoagulant.
La joie…

Protestations à l’hôpital de Dreux
Voyons le bon côté des choses, j’ai été soigné tellement rapidement. Je demande à l’infirmière qui fait mon plâtre : « Alors on est toujours soigné aussi vite ici ? ». « Vous seriez venu à 16h, ça aurait été l’enfer. Là, c’est bon, nous sommes un mardi en début d’après-midi », me répond-elle.
Elle m’apprend que j’arrive peu de temps après la tempête… En janvier dernier, onze urgentistes sur les quinze de l’hôpital de Dreux ont annoncé leur démission collective. De plus, les infirmières étaient en grève depuis le 10 février 2017 pour protester contre la fermeture programmée de lits et une réforme administrative prévue dans l’établissement.
La direction souhaitait réorganiser le temps de travail des équipes paramédicales, en prévoyant des services non plus de 12 heures par jour, mais de 7 heures 15. D’abord jugées irrégulières par le Comité d’hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT), les mesures ont été suspendues après condamnation par la cour d’appel de Versailles, le 13 mars dernier.
« Nous avons eu de la chance parce qu’on s’est mobilisé et qu’on a été soutenu par les médecins, ce n’est pas le cas de tous les hôpitaux de France », ajoute l’infirmière en me posant mon plâtre.
L’endroit ne semble pas du tout se remettre d’un gros conflit de travail.
Il est maintenant 14h30, on m’a examiné, plâtré, diagnostiqué et fait payer, je suis resté 2h à l’hôpital.
« Regarde Manon ! Ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit un beau canadien ! », rigole l’infirmière qui m’accompagne à la sortie de l’hôpital. Elle me déplace non seulement jusqu’à la porte mais aussi jusqu’à la voiture de Sarah dans le stationnement de l’hôpital, j’ai du mal à y croire.
Semble-t-il qu’un certain Robert Charlebois s’était lui aussi blessé dans la région et qu’il aurait été soigné à l’hôpital de Dreux, selon une source locale.
Désolé Robert, mais aujourd’hui, c’était moi la vedette québécoise ! J’y retourne le 12 pour mon rendez-vous avec l’orthopédiste, j’ai presque hâte.
Photo en Une : Till Krech.