Premiers partiels à l’école de journalisme. Mercredi 14 avril, en pleine réflexion sur le sujet de « Vie Artistique et Culturelle » (Le tourisme nuit-il à la culture et au patrimoine ?) notre directrice nous interrompt pour nous faire tirer au sort un numéro. La dernière épreuve est celle du reportage, à traiter en 12 heures. Épreuve relativement importante, car notée par Jean Miot, directeur de la formation et accessoirement grand journaliste et ancien président de l’AFP.
10 sujets sont en jeu, certains auront donc le même. Notre responsable de formation nous annonce le premier : « Les marchés », puis le deuxième, « Chinatown », etc., jusqu’au cinquième, celui que j’ai tiré.
– « Ah, le cinquième est plus difficile. » Elle se retient de rire. « Le musée de l’érotisme ! »
Oh ! Agitation générale ! Je mets mes mains devant ma bouche en signe de grand étonnement, accompagné d’un petit rire gêné. Non ! Il a fallu que je tombe sur un sujet pareil ! Ce n’est pas vrai ! Mon ami Dimitry me lance un regard et explose de rire. Il avait le premier sujet. C’est avec un sourire en coin qu’il m’a encouragé : « T’inquiètes pas, c’est facile d’écrire sur le sexe ! ». Bien sûr…
La fin de l’épreuve est totalement bâclée par les trois quarts de la classe, impatiente d’aller discuter du reportage tiré. J’avoue en faire partie. J’ai vite fait, bien fait, terminé mon essai sur les touristes avant de rendre ma copie un peu déçue, mais profondément blasée du sujet.
Devant le bâtiment dans lequel j’ai passé mes partiels, je retrouve des camarades de promotion avec qui je discute avec amusement du musée de l’érotisme. Nous sommes quatre à avoir pioché le sujet. Quelques blagues, au revoir, « Bon courage ! » plus tard, je prends le bus.
J’ai complètement visité la ville par la fenêtre sur le chemin du retour. C’était la première fois que je passais par ces endroits. Assise tranquillement, je me suis détendue, c’était presque fini ces partiels. Les écouteurs sur les oreilles, le paysage défilait. Des papys assis sur la terrasse d’un bar discutent joyeusement, une maman essaye de s’en sortir avec ses enfants en bas âges et ses courses, des ados jouent au foot sur un petit terrain coincé entre deux bâtiments. Tout le monde se mélange ici, tout le monde s’en fout. Je souris, je me sens bien dans cette ville.
***
Jeudi, 11 heures, en route pour le musée de l’érotisme en compagnie de Luc. Nous sortons du métro à place de Clichy et marchons un peu. Une occasion de visiter discrètement le coin…
« Hiiiiiii le Moulin Rouuuuuge ! » Discrètement on a dit !
Le musée de l’érotisme est juste à côté, beaucoup plus discret, coincé entre des boutiques à souvenirs, des sex-shops et autres établissements faisant la réputation de Pigalle.
Rien à voir avec ce à quoi je m’attendais. Ce musée ressemble… à un vrai musée ! Vu le sujet et l’emplacement de l’établissement, je m’attendais à quelque chose de moins sobre. Je parle du contenant, hein, pas du contenu ! L’endroit est accueillant, il y a une musique d’ambiance entraînante. Dans des vitrines sont exposés toutes sortes d’objets sexuels venus des quatre coins du monde. À côté de chaque « oeuvre », un petit écriteau explique l’origine de l’objet, en développant sur des traditions, des croyances ou des légendes. C’est organisé de manière chronologique et relativement pédagogique, disons.
« Eh regarde ! Il y a une nana qui le fait avec un cheval là… ou un âne… ou… on ne sait pas trop ce que c’est en fait… » Luc est au taquet. Bon c’est vrai, parfois c’est drôle !
Cahier, crayon et dictaphone en main, j’ai parcouru attentivement les premiers étages, jusqu’aux expositions temporaires. Et là… le drame ! Avez-vous déjà été gênés devant des tableaux ? Gênés au point d’avoir qu’une envie, fermer les yeux ou sortir ? C’est ce qui m’est arrivé devant une exposition du Strasbourgeois Antoine Bernhart : sur des murs peints en noir sont accrochés de grands tableaux sombres représentant des scènes pornographiques, sadomasochistes, violentes et sanguinaires. Monstrueux ! J’étais vraiment mal à l’aise. À un tel point que j’ai fini par en rire.
Au dernier étage, l’hebdomadaire « Charlie Hebdo » expose des dessins. C’est rigolo, ça permet de nous détendre un peu. Dans de beaux fauteuils en forme de chaussures à talons, nous nous reposons, et commentons ce que nous venons de voir. Face à notre malaise devant l’exposition de Bernhart, avec Luc, on s’est demandé où était la limite entre érotisme et pornographie ? J’ai axé mon article sur cette interrogation. On est ressortis crevés. Sept étages de sexe, ça épuise !
J’avais peu de temps pour écrire mon papier et le rendre. J’y suis parvenu tant bien que mal, en envoyant des bouts par mail à Dimitry qui me les corrigeait.
Deux minutes avant la dead line j’ai couru jusqu’à mon école, papier en main. Essoufflée, sur le point de mourir étouffée, je suis arrivée devant le bureau du surveillant, un peu Mac-Gyver nonchalant mais sympa, qui me demande pourquoi je m’excite comme ça.
– « Vous avez un quart d’heure, vingt minutes de battement ! Prends le temps de relire ! »
– « … » Air blasé.
Finalement, j’ai eu 18/20 à mon reportage, noté par Jean Miot, je n’en suis pas qu’un peu fière !
Ba du coup j’irais bien le voir ce musée lol. Juste un avis personnel, je préfère découvrir le musée à travers l’impersonnalité du narrateur (comme au début de l’article) plutot qu’à travers le récit des réactions d’autres personnages. Moi je veux me faire ma propre opinion, surtout sur ce genre de sujet lol, donc à mon avis c’est plus accrocheur quand on reçoit seulement l’ambiance du lieu (comme tu le fais à chaque étage)et pas la réaction qu’elle provoque chez des individus en particulier. Enfin ce n’est qu’un détail, parce que sinon t’en a dit suffisamment pour que j’ai envie de le voir, et pas assez du tout pour que j’en sois blasé ni écoeuré =). C’est évocateur comme il le faut, ce qui est d’ailleurs le principe même de l’érotisme^^.
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