Hans Herth : « On ne fera pas d’Europe sans fédéralisme »

Ancien président de la Fédération des Associations Franco-Allemandes pour l’Europe, le sociologue Hans Herth est inquiet quant à l’issue possible du scrutin des élections présidentielles 2017. Invité par l’Association du jumelage de Montlouis-sur-Loire (37) avec Appenweier en Allemagne, nous l’avons rencontré le 7 avril 2017 pour discuter Europe et euroscepticisme. Entretien.

 

Suivez-vous cette Présidentielle ?

Oui, même si étant Allemand je ne suis pas électeur, je suis la campagne puisque j’habite en France. Je constate d’abord qu’aucun des candidats ne parle de l’Europe mis-à-part Emmanuel Macron. Le seul vrai européen, c’est Macron.

Pourtant un candidat de gauche comme Benoît Hamon (PS), parle également d’Europe…

Oui mais ces candidats sont contre une Europe fédérale, ils souhaitent une Europe sociale, qui selon moi, est impossible. Lorsque vous demandez quelque chose d’impossible, c’est que vous ne voulez pas le réaliser ! Nous nous disons européen, et en même temps, nous parlons de choses irréalisables. C’est un bon moyen de s’empêcher d’agir. Parler d’une Europe sociale, c’est parler d’une utopie qui revient à dire qu’on ne fera pas l’Europe. C’est pour moi un langage hypocrite. L’Europe, c’est la mutualisation de ce que l’on ne peut pas faire seul.

Si Emmanuel Macron remporte l’élection, pourrait-il vraiment imposer sa vision de l’Europe une fois au pouvoir ?

Emmanuel Macron est un politicien français qui permettrait de dialoguer sur un avancement de la construction fédérale de l’Europe. C’est le seul qui semble capable de parler de fédéralisme et on ne fera pas l’Europe sans fédéralisme.

« L’Europe sociale est une utopie, un langage hypocrite.
L’Europe, c’est la mutualisation de ce que l’on ne peut pas faire seul »

 

 

En tant qu’Allemand, pensez-vous que la Présidentielle française pourrait avoir impact dans votre pays ?

Oui, il ne faut pas se faire d’illusion. Si la France continue dans sa lancée anti-européenne, entre les politiques et les entreprises françaises qui sont européennes et le gros de la population qui est anti, la Présidentielle aura un réel impact. Elle pourrait peut-être sortir de l’Union Européenne.

Sortir de l’Union Européenne serait ainsi probable ?

Il y a la menace, oui. Cette menace, nous ne l’avons pas prise au sérieux pour les anglais, ils l’ont pourtant fait ! C’est une catastrophe pour l’Angleterre, ils ont déjà perdu 15% de leur pouvoir d’achat mondial. Aucune monnaie ne peut se défendre contre la monnaie chinoise ou américaine, excepté l’euro. L’euro n’est pas une véritable monnaie internationale au même titre que le dollar, mais elle a acquis aujourd’hui un certain poids financier sur le marché mondial. Si la France sort de l’UE et abandonne l’euro, nous n’aurons plus rien, nous n’aurons plus que la monnaie de singe, la monnaie nationale.

Est-ce que selon vous l’euroscepticisme est plus répandu qu’on ne le pense au sein de la population française ?

Il faut aller dans certains bistros, il faut écouter ce que les gens disent, sortir de notre monde et rencontrer les français. Beaucoup sont eurosceptiques. C’est exactement ce qu’il s’est passé aux États-Unis. En mai dernier, j’ai visité des amis à New-York, Philadelphie et à Washington qui, tous, se moquaient de Trump. Je suis allé me promener par la suite durant 10 jours en Pennsylvanie au pied des Appalaches. Dans ce monde de petite agriculture riche et en même temps délaissé du reste de la population, j’ai écouté ce que les gens avaient à dire. Ils ne parlaient que de Trump. À mon retour, j’étais convaincu que Trump serait élu.

On sous-estimerait donc le nombre d’eurosceptiques en France ?

Je les estime environ à la moitié de la population française. Certains votent François Fillon et d’autres Marine Le Pen, mais au fond, ils pensent la même chose, ils parlent toujours de nos racines et de la culture française. Tous ces gens qui parlent continuellement de leur identité sont très nombreux en France. C’est le terreau sur lequel pousse les discours d’exclusion. Nous n’enseignons pas réellement les réalités de l’Europe en France. La spécialité des politiques français est de nationaliser les réussites européennes et d’européaniser les échecs nationaux.

« La spécialité des politiques français est de nationaliser les réussites européennes et d’européaniser les échecs nationaux. »

Avez- vous peur pour l’avenir de l’Europe ?

Oui, notamment parce que la Grèce, l’Espagne et la France ont un endettement très élevé. De plus, la France a un endettement sur le fonctionnement. Chaque année, à partir de mi-octobre, les fonctionnaires français sont payés à crédit, c’est-à-dire que l’Etat emprunte sur les marchés financiers mondiaux pour avoir de quoi payer les fonctionnaires. C’est un vrai problème, le déficit français est une catastrophe.

Le déficit français pourrait-il entraîner la chute de l’Union Européenne ?

Oui, les Allemands ne veulent déjà plus payer pour les Grecs, ils ne voudront pas plus payer pour les Français. La France a encore la possibilité d’emprunter parce qu’elle est dans la zone euro, mais si un jour on ne lui prête plus à moins de 10%, le pays aura un gros problème et sera obligé d’abandonner l’euro.

 

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Hans Herth a donné une conférence aux membres de l’association « Montlouis-Appenweier ». / DR Dominique Caron.

Que sont les jumelages et quelles sont leurs fonctions ?

Les jumelages ont été fondés en Europe après la deuxième guerre mondiale dans l’espoir de créer des liens entre les citoyens et les nations. Ils résultent de volontés politiques de plusieurs élus, de faire de la politique étrangère, c’est-à-dire de trouver des clients et partenaires à l’étranger pour investir dans une zone industrielle, par exemple. Ils permettent également de faire des échanges culturels et de savoir.

En cas de victoire d’un candidat eurosceptique à la Présidentielle, quel serait l’impact sur les associations de jumelage ?

Elles seraient en danger. Des jumelages dans le nord de la France ont été déstabilisés par l’arrivée d’une équipe municipale du Front National. Ils ont coupé les subventions, n’étaient plus en accord avec les thèmes échangés et ne permettent plus la location de salles. C’est épouvantable.

Pensez-vous que les jumelages peuvent influer les votes des citoyens ?

Absolument ! Etre européen, c’est connaître les européens. C’est ça l’Europe, une Europe du consensus et de la discussion.

Photo en une : © Dominique Caron.

Une réflexion au sujet de « Hans Herth : « On ne fera pas d’Europe sans fédéralisme » »

  1. D’accord avec tout sauf pour Macron; il dit qu’il veut l’Europe, mais ne veut pas la changer, je pense et ne verrait aussi que le plan économique…

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