Jacques Vedel, père du panneau solaire

L’énergie solaire et plus précisément le panneau photovoltaïque est le fruit d’une technologie à laquelle Jacques Vedel a consacré la quasi-totalité de sa carrière professionnelle. Rencontre avec cet ancien chercheur au CNRS, toujours passionné.

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J’ai eu la chance de rencontrer et réaliser le portrait du chercheur Jacques Vedel, pour l’Asnières Séniors numéro 6 de juin 2011. Edité par la Mairie d’Asnières-sur-Seine. A lire sur : asnieresseniorsjuin2011.
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Rien ne prédestinait Jacques Vedel à travailler dans l’énergie solaire. Au début de sa carrière de chercheur dans les années 60, pendant les Trente Glorieuses, et à une époque où le pétrole est abondant et bon marché, les recherches sur cette technologie n’étaient pas vraiment prises au sérieux. Cinquante ans plus tard, ce retraité asniérois, considéré comme l’inventeur du panneau photovoltaïque, peut apprécier de voir son travail trouver de plus en plus d’applications concrètes. « Ça fait plaisir de voir que les choses qu’on a initiées arrivent à un moment donné à se concrétiser », commente-t-il avec modestie. Désormais les panneaux photovoltaïques s’arriment sur les toits des immeubles, s’invitent dans les cockpits de bateaux à voile, s’immiscent dans des calculatrices de poche…. L’avion solaire Solar Impulse a atterri au Bourget le 14 juin 2011 pour le salon de l’aéronautique en provenance de Bruxelles. « Finalement, ça ne se termine jamais, sourit-il. Il y a toujours des idées nouvelles, on cherche toujours à augmenter l’efficacité du produit. »

Après des études primaires et secondaires à Courbevoie, le bon élève Jacques Vedel intègre la prépa du lycée Chaptal à Paris. Il réussit le concours d’entrée de l’École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielle (ESPCI) en 1956. Devenu ingénieur en physique-chimie, il intègre en 1963 le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Le gouvernement, alors sous la présidence de Gaulle, souhaite développer la recherche scientifique par la création de laboratoires associés, des étudiants d’université travaillent alors avec des chercheurs du CNRS.

Jacques choisit un laboratoire d’électrochimie, en partie grâce à son fondateur, le professeur Charlot, forte personnalité, favorable au développement d’une nouvelle chimie basée sur les mesures. « Dans ce laboratoire, nous pouvions calculer et prévoir des réactions suivant ce que nous obtenions grâce aux moyens de mesure, explique-t-il. Ce procédé était moderne et inédit, et venait bousculer l’enseignement que j’avais reçu à l’ESPCI ». Jacques Vedel commence par travailler sur des recherches à partir de solvants autres que l’eau. « Nous avions des directives, mais nous ne savions jamais ce que les expériences allaient nous apporter, souligne-t-il. Vous partez chercher des champignons, vous revenez avec des châtaignes ! »

Changement de parcours

Un jour, vers la fin des années 60, le professeur Trémillon, son directeur de laboratoire, reçoit un coup de téléphone d’un ami physicien qui se trouve en présence d’un problème de chimie pour la fabrication de piles solaires pour les satellites.

Le chercheur entame alors une collaboration qui changera définitivement le cours de sa carrière. À l’époque faites en silicium, les piles sont trop lourdes, trop épaisses et trop petites pour assurer l’efficacité voulue pour la technologie spatiale. « L’idée était de faire des piles sur un principe différent. La recherche a bien marché. Certaines ont été envoyées dans des satellites russes et français. » Seulement, elles n’étaient pas assez stables. L’usure du temps leur faisait perdre de la puissance.

Puis, l’année 1973 est arrivée, et avec elle le premier choc pétrolier. L’équipe chargée de fabriquer des piles solaires a alors l’idée de fabriquer des photopiles à usage terrestre. « À part l’ingénieur avec qui je travaillais qui avait alimenté son poste de radio avec un petit panneau récupéré au laboratoire, personne n’avait pris l’initiative d’utiliser cette technique pour un usage autre que spatial », se rappelle Jacques Vedel.

Une idée lumineuse

Peu à peu, le chimiste se consacre entièrement à la recherche sur les panneaux solaires. Il devient chargé de recherche d’une équipe de six personnes, dont des thésards, « des stagiaires de haut niveau qui apportaient un dynamisme et un regard nouveau ». Son équipe étudie pendant une dizaine d’années les photopiles à base de sulfure de cadmium avant de s’apercevoir que cet élément chimique ne pouvait pas marcher pour des applications terrestres.

Au même moment, la recherche sur l’énergie solaire se développe notamment à travers la mise en place d’un groupe de travail européen. « Plusieurs équipes de divers pays se retrouvaient périodiquement pour mettre leurs travaux en commun. J’étais sur le point d’abandonner, se souvient-il, lorsqu’à une réunion de spécialistes à Londres en 1985, des collègues allemands m’ont proposé de les rejoindre pour travailler sur un nouveau composé, le diséléniure de cuivre-indium (CuInSe2) ». Le composant des panneaux photovoltaïques d’aujourd’hui.

Grâce à celui-ci, Jacques Vedel et ses collègues réussissent à fabriquer des panneaux de plus en plus fins, plus légers, plus stables, plus rentables. De temps en temps, Jacques Vedel rend encore visite à ses anciens collègues pour discuter de l’avancement de leurs travaux. Celui qui l’a remplacé a réussi à intéresser EDF à cette nouvelle énergie, qui a ouvert un important laboratoire de recherches sur l’île de Chatou.

Lorsqu’il analyse son parcours professionnel, Jacques Vedel loue cette tangente prise de la chimie liquide vers la recherche solaire. La commercialisation de panneaux photovoltaïques n’a jamais été aussi florissante. Mais au-delà de ces découvertes, lorsqu’il regarde dans le rétroviseur, ce dont le chimiste Vedel est le plus fier, c’est d’avoir monté une équipe « qui tournait bien, qui faisait venir et savait garder des gens de qualité ». Car l’aspect humain a une place prépondérante dans la recherche pour ce scientifique. « Lorsque je regarde ma carrière, je suis content de ce que j’ai pu faire. »

Photo : Christophe PERRUCON

Une réflexion au sujet de « Jacques Vedel, père du panneau solaire »

  1. Cet article m’a véritablement captivé, me poussant à accélérer ma lecture, cependant, ma déception fut grande lorsque l’article s’est brusquement interrompu, me laissant assoiffé de information sur mon directeur de recherche, le grand Jacques Vedel. Il a joué un rôle déterminant dans mon parcours universitaire de chercheur. J’ai eu l’opportunité de réaliser un stage auprès de lui, et j’ai été profondément marqué par sa douceur, sa gentillesse, ainsi que ses remarques à la fois intelligentes et rassurantes.

    Cela nous ramène à l’année 1982, lorsque je participais activement à la fabrication et à la caractérisation des cellules photovoltaïques à films minces, plus précisément à l’hétérostructure CdS/Cu2S composée de sulfure de cadmium et de sulfure de cuivre. À cette époque, je poursuivais mon diplôme de master à l’École Supérieure de Chimie, au sein du laboratoire dirigé par le Professeur Bernard Trimillon.

    Les noms de Daniel Lincot et de Pierre Covache me reviennent en mémoire, bien que cette période semble désormais lointaine. Malgré le temps écoulé, les souvenirs que je garde de cette époque demeurent excellents. Je me remémore notamment les importantes chutes de neige qui ont recouvert Paris cette année-là et le diner avec un ami mexicain qui visitait le laboratoire.

    Je regrette sincèrement de ne pas avoir découvert cet article plus tôt. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers le Dr. Vedel ainsi que toute son équipe pour l’atmosphère amicale et bienveillante qu’ils m’ont offerte. Leur influence a indéniablement orienté ma carrière vers le domaine de la recherche, je suis mainitenant professor aux USA. J’espère avoir l’opportunité de d’interagir avec cette équipe à l’avenir.

    Je remercie l’auteur de l’article pour sa contribution précieuse.

    Abdennaceur Karoui, profeseur de physique et des sciences des materiaux

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