Les services de communication des institutions européennes mettent les moyens pour être relayés par les médias des pays membres. Visite des riches installations médiatiques du Parlement européen et de la Commission européenne.
Le constat du Rapport Herbillon (1) est simple : les médias ne parlent pas ou très peu de l’Europe. Pourtant, ce ne sont pas les efforts qui manquent. Une des stratégies de l’Union Européenne est de produire une image non pas à l’intention du grand public, mais à destination des médias nationaux qui se chargeront de la diffuser avec plus d’impact dans leur pays respectifs.
Une communication muti-supports
S’il y a bien une chose que les principales institutions européennes ont compris, c’est qu’à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, il faut multiplier les canaux. Le journaliste désireux de suivre l’actualité européenne et qui ne peut être sur place, à l’embarras du choix. Par exemple, dès qu’une importante décision est débattue ou votée au Parlement Européen, la nouvelle est quasi-simultanément diffusée sur le site internet, officiellement communiquée par courriel ou en ligne, éventuellement relayée sur Twitter, sur Facebook, postée sur YouTube et autres réseaux sociaux (2), ou encore discutée sur un ou plusieurs blogs officiels d’élus. Elle peut également être envoyée aux journalistes et/ou attachés de presse par textos !

Un service de presse surdéveloppé
Un journaliste intéressé par un dossier actuellement travaillé et débattu au Parlement Européen, peut donc suivre son avancé quasiment en direct.
Concrètement comment cela fonctionne ? Au Conseil de l’UE, le service de presse suit tous les débats, même ceux des groupes de travail. Il rédige régulièrement des notes aux journalistes, jusqu’aux communiqués de presse officiels. Au Parlement, il existe des attachés de presse sectoriels, experts dans leur domaine, chargés de suivre les travaux des différentes commissions parlementaires afin d’alimenter en permanence le site internet. Partout où une discussion est en cours, une importante couverture audiovisuelle est installée : caméras et micros occupent la grande majorité des salles. En clair, l’UE mise sur le développement d’une grande équipe de presse très spécialisée, pour permettre une diffusion régulière et pointue de l’information.
Un soutien aux activités journalistiques
Sans compter l’accès gratuit en ligne aux images et sons officiels, la plus importante action en faveur des médias est sans doute le soutien matériel accru proposé aux journalistes invités. Dans le hall même des Parlements de Bruxelles et Strasbourg, des installations sont mises à disposition dont le studio multimédia VoxBox, un équipement pour enregistrer et diffuser du contenu radiophonique ou visuel pour le web. A l’étage inférieur du bâtiment institutionnel, un studio de télévision digne des plus grandes chaînes d’information, peut lui aussi être gracieusement prêté.
« Pour utiliser le matériel, les conditions sont simples, a expliqué Karima Ben Salah, l’attachée de presse au sein de l’unité audiovisuelle du Parlement, qui nous a fait la visite. Il y en a deux : parler de l’Europe et avec au moins un député européen ». Avant d’ajouter que « bien entendu, le transport des équipes de journalistes est pris en charge » par l’UE.

Un public médiatique difficile à trouver
Alors pourquoi, malgré tous ces efforts déployés, l’Europe peine à trouver sa place dans le paysage médiatique français ? La réponse est diverse, il est cependant intéressant de se demander si l’offre n’est pas inadaptée. Non pas que le journaliste refuse d’être bichonné, mais l’audience se trouve ailleurs. Comme pour un grand nombre de sujets, c’est un cercle vicieux : les médias alimentent la demande qu’ils créent. Le public n’est pas intéressé par une couverture plus complète et approfondie des institutions européennes parce que les médias ne les y intéressent pas. Ils ne les intéressent pas car ils se concentrent sur ce qui fait déjà de l’audience, qu’ils interprètent comme une demande. Mais cette demande n’existe que parce qu’elle a été dans un temps court, l’offre. Plus simplement et pour exemple : si nous continuons à diffuser du bas-de-gamme, les spectateurs s’y habitueront et le consommeront tout naturellement. A l’inverse, si tous les médias traitaient plus de sujets de fond, il sera habituel d’en lire régulièrement.
Pour revenir à l’Union Européenne, leurs actions de communication ne sont pas encore bien utilisées par les médias français. Une récente étude menée pour la Commission, a montré que le temps réservé à l’UE dans les médias audiovisuels nationaux représentait à peine 10% de l’information.
A qui la faute ? Aux journalistes qui manquent de repères politiques ou aux institutions au fonctionnement trop complexe ? A vous, à nous, qui préférons regarder une téléréalité le soir dans notre canapé, plutôt qu’un débat dans l’hémicycle ? Faut-il vraiment désigner un responsable pour remédier au problème ?
(2) Snapchat, Instagram, Flikr, LinkedIn, Pinterest, Reddit, Google + (↑).Photo en une :
European Union 2016 – Source : EP.Sarah Bouchaïb – 31 mai 2011 MAJ 2016.