Au détour d’une rue toulousaine, nous avons rencontré Olivier Le Penven qui tractait pour Lutte Ouvrière. Nous lui avons posé des questions sur le thème du travail et sur son engagement pour la campagne de Nathalie Arthaud.
Comment vos chemins se sont-ils croisés ?
Je les ai rencontrés dans un foyer de jeunes travailleurs. C’était une bonne période, 1995, il y avait de grandes grèves en France. J’allais manifester la journée, je discutais avec eux le soir. J’ai été convaincu au bout d’un certain temps.
Êtes-vous toujours aussi convaincu, aujourd’hui, qu’à vos débuts il y a 22 ans ?
Oui, je suis même de plus en plus convaincu ! Plus la société se dégrade, plus mes convictions se renforcent. Il y a plus de misère, le monde va de plus en plus mal et mes idées correspondent vraiment à ce qu’il faudrait faire pour que cela change. J’ai toujours confiance en mes idées, j’ai envie qu’on soit plus nombreux à les défendre car elles sont universelles : c’est le mieux être, se battre pour une cité plus humaine. J’ai envie de convaincre les gens.

Que faites-vous au quotidien pour soutenir votre candidate, Nathalie Arthaud ?
Nous sommes un petit parti, nous n’aurons jamais l’aide des grands médias. Nous utilisons tous les moyens pour faire connaître nos idées. Mais rien ne vaut la discussion avec les amis, nos collègues de travail. Notre campagne se fait dans la rue, en discutant avec les travailleurs du programme. Je vais travailler tous les jours et je ne cache pas mes convictions et mon militantisme à mes collègues. Je discute avec eux et je fais campagne également par ce biais là. C’est en échangeant qu’on fait évoluer notre pensée. C’est comme ça que ça avance.
Au travail ou lorsque vous tractez, les gens sont-ils réceptifs ?
Oui, car notre programme et nos idées sont en corrélation avec ce qu’ils vivent ! Les français ne parlent pas d’Europe, d’immigration, ou autre. Certains oui, mais globalement on parle du quotidien. Le quotidien, c’est pourquoi le patron nous fait venir les samedis en plus de la semaine ? Pourquoi à Airbus une loi est passée nous interdisant d’avoir des poches dans les bleus de travail ? Parce que quelqu’un, en haut, l’a décidé. C’est de ça que nous discutons avec les gens. On parle de notre quotidien.
« Notre campagne se fait dans la rue, en discutant avec les travailleurs du programme. C’est en échangeant qu’on fait évoluer notre pensée. »
Vous axez votre discours sur le travail. Pourquoi ?
Parce que le travail est la chose la plus importante de la vie. Pour ceux qui en ont évidemment, mais également pour ceux n’en ont pas. Il y a vraiment un problème dans cette société. D’un côté, il y a des gens avec beaucoup trop de travail, les cadences sont accélérées, on fait venir les travailleurs à 5h au lieu de 7h par exemple. De l’autre côté, il y a des millions de chômeurs. Nous proposons que le travail soit réparti entre tous. Je pense que nous avons besoin des bras ou du cerveau de ceux qui n’ont pas de travail. Cela me paraît important. De plus, avec une meilleure répartition, on aurait des conditions de vie et de travail plus simples. Aujourd’hui, elles ne le sont pas.
Vous traitez également les autres thèmes de campagne sous le prisme du travail…
Tout à fait, nous ciblons notre campagne sur les conditions de travail et les salaires car cela nous paraît vital. Nous parlons également d’autres thèmes, comme l’écologie. Nous sommes communistes et cela veut dire que nous sommes pour que les personnes qui créent des richesses vivent mieux. Nous voulons ainsi des relations rationnelles et humaines entre êtres humains, et nous traitons la planète de la même manière. Cette société traite mal les gens et la planète. Nous voulons changer cela. Nous sommes donc forcément écologistes. Celui qui est écologiste mais qui n’est pas communiste ne va pas au bout des choses. Pour moi, il n’est alors pas vraiment écologiste. Quand on est communiste, on est écologiste.
« Qui crée du chômage ? Ce n’est pas l’Europe ! Ce sont les chefs d’entreprise. »
Seriez-vous favorable à une alliance avec un autre parti pour mieux vous faire entendre ?
Nous sommes proches du NPA [Nouveau Parti Anticapitaliste dont le candidat est Philippe Poutou, ndlr], et nous nous retrouvons dans la rue ensemble, c’est ce qui compte. Nous croyons aux luttes sociales pour faire avancer les choses. Cependant, si nous nous présentons séparément, c’est que nous avons des nuances et sensibilités différentes. Par exemple, pour Jean-Luc Mélenchon [du mouvement La France Insoumise, ndlr] l’Europe est un problème qu’il faudrait renégocier. Nous, nous pensons que dire ça, c’est tromper les travailleurs. Ce n’est pas l’Europe le problème, c’est les patrons, les entreprises qui licencient. Qui crée du chômage ? Ce n’est pas l’Europe ! Ce sont les chefs d’entreprise qui décident de réduire leurs effectifs, de produire plus avec moins de personnes. En fait, l’Europe, l’immigration… tous ces thèmes de campagnes sont faits pour nous détourner, pour nous diviser. Il y aurait les travailleurs d’un côté, les immigrés de l’autre, les chômeurs encore d’un autre ? Non, nous sommes tous du même camp, celui des travailleurs contre le camp des actionnaires et des patrons. Pour nous, la société n’est pas divisée en communauté ou thème, elle est divisée en classes sociales : il y a les exploités et les exploiteurs.
Pourquoi ne pas tous vivre ensemble au lieu de se diviser en classes ?
Entre exploités oui. Mais pas avec les exploiteurs. Nous n’avons pas les mêmes intérêts que ces gens là.
« Le travail des gouvernements est d’être serviteurs du grand patronat et des actionnaires. »
Êtes-vous plutôt optimiste quant aux résultats du premier tour de cette élection présidentielle ?
Ce n’est pas une question d’optimisme ou non. Peu importe le candidat qui sera élu dimanche 7 mai, le lundi il faut retourner au travail. Le véritable patron, c’est celui qui nous dirige dans l’entreprise, et c’est lui qui décide de tout.
Il n’y a pas de différence pour vous entre un gouvernement de droite ou de gauche au pouvoir ?
Ceux qui décident dans notre société, ce ne sont pas ces politiciens là. Eux, leur travail est d’être serviteurs des actionnaires et du grand patronat. Si les patrons demandent à Benoît Hamon, par exemple, d’appliquer une politique anti-immigration, il le fera. Parce que son boulot est de défendre les intérêts des grands patrons. Prenons en exemple le programme de François Fillon qui paraît être le plus à droite possible. Même si le projet des autres candidats est différent, ils appliqueront une partie du programme de Fillon. Ce ne sont pas les politiciens qui décident, ce sont les capitalistes, les actionnaires et les financiers.
Les présidentielles ne sont pas tellement importantes, alors ?
Ce n’est pas une question d’importance. On nous demande de nous exprimer, exprimons-nous. Ce n’est pas en votant pour le candidat le moins pire que nous allons nous exprimer. Nous défendons un programme qui nous paraît être le plus juste. 1 800 euros net pour tout le monde, interdiction des licenciements dans une entreprise qui fait des bénéfices… Je pense que ce sont des mesures qui touchent de façon universelle tout le monde. Et c’est bien qu’il y ait la campagne pour qu’on puisse le dire.

Olivier Le Penven travaille à Airbus où il est délégué du personnel CGT. Il se présente pour la première fois aux législatives, dans la 1ère circonscription de Toulouse.