Comment expliquer la vague Fillon ?

Un article de Kévin V.

Dans le ventre mou des sondages il y a encore quelques semaines, François Fillon, est en tête du scrutin du 1er tour de la Primaire de la droite et du centre.

Lui, l’ex Premier ministre de Sarkozy. Lui, que l’on associe volontiers à l’austérité et non au renouveau. Ses concurrents directs ont toujours vanté le sérieux de sa campagne, mais cela n’explique pas tout. Comment Fillon s’est retrouvé futur candidat de la droite avec plus de 44% des voix dimanche soir ?

Un raz-de-marée sous-estimé par les instituts de sondage

L’élection de Donald Trump a été un catalyseur. Après le Brexit et les Etats-Unis, les instituts de sondage se sont une nouvelle fois trompés sur l’issue d’un scrutin. L’élection américaine dépassant les frontières, ils ont été nombreux, les leaders populistes, à utiliser la Trumpmania comme un fer de lance pour prouver que les sondages ne détenaient pas la vérité. Cette erreur de calcul a participé à une prise de conscience des citoyens : rien n’est joué d’avance.

En dépit de la baisse des intentions de votes de Nicolas Sarkozy, les électeurs ont compris qu’il y avait sans doute un autre choix possible entre Alain Juppé et l’abstention. La voie était ouverte pour un 3ème candidat, une alternative. Les sondages ont ainsi bel et bien senti l’émergence de François Fillon, mais trop tardivement. Une enquête d’Opinion Way a annoncé l’échappée de l’ancien premier ministre à seulement 4 jours du scrutin. L’ampleur de celle-ci n’a tout de même jamais été mesurée.

L’impact télévisuel : Karine Le Marchand et le 3ème débat

Bien que la télévision soit moins regardée que par le passé, les émissions politiques restent énormément suivies. A l’heure du numérique, chaque émission s’accompagne de sa promotion sur les réseaux sociaux, de son hashtag et des nombreuses analyses qui s’en suivent sur les médias en ligne accompagnées des accès en replay. Deux moments sont notamment ressortis de ce jeu médiatique, pour rendre François Fillon plus humain, plus présidentiable.

Le premier, est sans nul doute durant l’émission de Karine Le Marchand, Une ambition intime. Une émission politique en mode confession au coin du feu le dimanche soir. On y voit un François Fillon souriant, chaleureux, aux antipodes de son image politique froide et sérieuse. La présentatrice de l’Amour est dans le pré est parvenue à percer la carapace Fillon, et présenter à l’écran l’image d’un homme comme tout le monde, cancre à ses débuts, porté par la politique, mais qui ne reste pas pour autant loin des réalités. Il fait même preuve de second degré quand on évoque l’épineux sujet de ses sourcils.

Deuxième moment télévisuel important : le 3ème débat télévisé de la Primaire. On connaissait déjà Fillon en candidat convaincant à la télévision, en a témoigné sa prestation sur le plateau de l’Emission Politique (France 2). Jusqu’alors les débats n’ayant pas permis de distinguer clairement un vainqueur entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, François Fillon a saisi sa chance pour prendre la place du favori. Lorsque David Pujadas invective les candidats de se questionner sur leurs thèmes, Fillon refuse, le clame haut et fort, prétextant que c’est aux journalistes de poser les questions et non au candidat de donner un triste spectacle de la politique. Il impose le prochain thème et monopolise la parole. Il montre une stature d’homme présidentiable. La punchline est envoyée et la médiasphère s’empresse de relayer le moment sur les réseaux sociaux.

L’échec du candidat désigné anti-sarkozyste, Bruno Le Maire

Nombreux ont été les supporters de Nicolas Sarkozy à pousser leur champion pour qu’il réussisse à se présenter à une troisième présidentielle. Derrière le favori Juppé et l’ancien Président, il y avait une place à prendre, que Bruno Le Maire (BLM) a tenté de ravir.

Fort de ses 30% lors des élections pour la Présidence des Républicains, BLM semblait le mieux armé pour contredire les intentions de votes des deux mastodontes Républicains. Que cela soit au niveau de ses slogans, de sa campagne, de ses meetings ouverts façon Obama, l’ex-énarque a voulu se détacher de son image politique de bon père de famille et imposer la candidature du renouveau. Encore faut-il l’incarner, les propositions qui vont avec.

Les intentions de vote dans les sondages ont dégringolé au fil des débats, Bruno Le Maire se faisant chahuter par les journalistes et ses concurrents. Seul moment à retenir pour le candidat de l’Eure, lorsque son injonction au 1er débat a permis de mettre en lumière le passé juridique de ses détracteurs. Puis, la débâcle. Symbole d’échec de l’exercice du débat télévisé pour BLM : son altercation avec Nathalie Kosciusko-Morizet qui l’a pris à parti, jugeant que même Le Maire n’appliquerait pas ses réformes à ses enfants. Cette passe d’armes a tôt fait de creuser un peu plus l’écart et permis à la candidate d’obtenir un meilleur score que son concurrent le soir du 20 novembre. Un score bien éloignée du trio Fillon-Juppé-Sarkozy.

Le soutien de sens commun

Un phénomène encore mal analysé en France, le débat autour du Mariage pour Tous a créé une cassure au sein de la société française. Les pro Manif pour Tous se sont organisés depuis les manifestations autour de la loi Taubira. Comme les manifestations, l’action politique se poursuit, notamment avec la création de Sens Commun. Ce mouvement politique de 9 000 adhérents use de son influence afin que la loi unissant les personnes de même sexe soit abrogée et que les débats autour de la GPA s’arrêtent nets. Important lobby de la droite traditionnelle, Sens Commun et ses différentes antennes ont drainé des voix non négligeables à François Fillon. Une figure politique catholique qui permet ainsi à Sens Commun de trouver un porte-voix à ses idées, qui pourront être mises sur la table dans le festival des propositions en 2017.

Les limites des sondages face à une élection nouvelle

Une autre variable à prendre en compte dans cette surprise, est le vote en lui-même. Les instituts de sondage ont navigué à vue sur cette primaire, inédite pour les candidats de la droite et du centre. Les variantes inconnues étaient la participation et le profil des électeurs qui allaient s’y rendre. La participation estimée fût de 2 millions de votants ; la participation réelle fût bien plus importante : 4,2 millions. Les Français ont faim de politique, et ils leur tardent qu’on puissent leur demander leur avis.

Suis en suite le profil électeurs. 65% se disent sympathisants de la droite et du centre lors du vote. 15% se disent sympathisants de gauche, et seulement 8% du FN. Cette participation massive pour une primaire mêlée à une participation conséquente d’autres électeurs que les Républicains peut aussi expliquer en partie pourquoi le clan Sarkozy n’est pas parvenu au second tour dimanche dernier.

Avec une avance de 16 points sur son concurrent, Alain Juppé, et le soutien de Nicolas Sarkozy, la vague Fillon n’est pas prête de s’arrêter, pour une droite en quête d’un leader.

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