Un article de Kévin V.
C’est fait. Donald Trump est le 45ème Président élu des Etats-Unis d’Amérique. Impensable il y a un mois, voire la veille du scrutin, le candidat Républicain a réussi à s’emparer de la Maison Blanche, au grand dam des sondages. Le milliardaire « anti-élite » est parvenu à ses fins, à coup de provocations médiatiques, de déclarations brutales et de discours populistes. Comment cet OVNI politique a-t-il pu convaincre les électeurs de la première puissance économique mondiale ? Éléments de réponse.
Donald Trump, une caricature qui a convaincu

On se demande encore comment un candidat avec un discours aussi violent, aussi caricatural a pu s’inviter à la Maison Blanche. Les nombreuses tentatives de diabolisation autour de Trump n’ont pas fonctionné sur l’électorat américain. En témoigne ses scores obtenus auprès de l’électorat féminin (53% des femmes blanches ont voté pour Donald Trump, contre 43% pour Hillary Clinton), malgré la diffusion d’une vidéo datant de 2005 où le trublion nous apprend « comment dresser les femmes ». Ses nombreuses déclarations misogynes et xénophobes n’ont finalement pas été un poids si lourd à porter dans sa marche vers Washington.
Donald Trump est un provocateur, il en a fait son arme de communication. Ses propos les plus virulents ont avant tout visé à atteindre un électorat bien ciblé en amont : les classes moyennes, touchées de plein fouet par les effets pervers de la mondialisation ainsi que par le creusement des inégalités économiques. Car l’électorat trumpiste n’en a que faire du rythme de vie bling-bling, des banqueroutes et des propos outranciers de Trump. L’intérêt est ailleurs, certains Américains ont souhaité un vrai changement, un candidat hors-système, un self-made-man hors-norme qui a réussi à sa façon l’American Dream. Donald Trump assume sa caricature. Il l’a même mise en scène durant son show télévisé The Apprentice, rassemblant plus de 30 millions de téléspectateurs en moyenne durant les années 2000. Le milliardaire, figure du paysage médiatique américain bien avant son élection, n’a pas essayé de casser son image déjà bien construite. Celle d’un homme capable de tous les excès.
Au-delà du produit médiatique, le candidat a surtout des propositions qui ont fait mouche auprès d’une certaine Amérique en perte de repères et en quête d’un homme providentiel. Preuve en est, 67% des blancs non diplômés de l’université ont voté pour le candidat républicain.
L’élection américaine de 2016 ne s’est pas jouée à New York ou à Los Angeles. Ce sont les Etats de la Rust Belt, ancien poumon industriel des Etats-Unis, qui ont été le métronome de l’élection. Symbole de cette autre Amérique, l’Ohio, état clé dont un candidat à la présidentielle ne peut se passer. La désindustrialisation et l’augmentation des inégalités aux Etats-Unis, malgré un taux de chômage descendu à près de 4% sous l’administration Obama, ont trouvé écho chez la « working class blanche », à travers les propositions ultra-conservatrices et populistes de Donald Trump.
Make America Great Again, tel est le slogan et la promesse. Tel est le souhait de ces Américains, loin des côtes ouest et est des Etats-Unis, et peut-être un peu loin du monde aussi.
Hillary Clinton, symbole du clivage entre politiques et citoyens
La défaite d’Hillary Clinton a mis en lumière à elle seule la désaffection des citoyens américains pour le système politique, et de manière plus générale, le désintérêt des citoyens pour leurs élites politiques. Hillary Clinton était la candidate idéale pour succéder à Barack Obama. Elle aurait poursuivi la politique de son prédécesseur, un volet économique plus libéral et une politique internationale bien plus dure. Là est le problème : la candidature de Clinton fût trop pauvre en propositions novatrices. La seule innovation pouvant se résumer à l’élection de la première femme à la tête des Etats-Unis.
N’est pas Barack qui veut. L’ancienne First Lady a une histoire délicate avec les Américains. Durant l’époque dorée de Bill Clinton, elle a eu l’image d’une femme froide, ambitieuse, loin des réalités. Une image qui a continué à lui coller à la peau durant l’élection. Malgré une intensive campagne de communication pour la rendre plus bankable, près de 70% des électeurs la considéraient comme malhonnête ou peu fiable à quelques mois de l’élections. L’affaire de l’enquête du FBI sur les e-mails n’a rien arrangé à la veille de l’élection.
Il y eu bien pourtant une candidature qui sortit du lot dans le camp démocrate : celle de Bernie Sanders. Le « socialiste » démocrate. Le manque de notoriété du candidat, ainsi qu’une politique sociale peut-être trop ambitieuse pour des Etats-Unis, n’ont pas permis à Sanders de tenter sa chance face à Trump.

Victoire du populisme, défaite de notre système représentatif
Au delà de l’élection, la grande gagnante du vote est une fois de plus l’abstention. Seulement 54% des Américains ont pris part au vote. Ce chiffre est néanmoins à nuancer puisque pas plus de 57% des électeurs s’étaient déplacés en 2012 pour élire Barack Obama.
Le constat est plus inquiétant au niveau de l’électorat jeune. Ils n’ont représenté que 19% des votants, seulement 1 jeune sur 2 étant inscrit sur les listes électorales. De grands moyens ont pourtant été pris, notamment par Facebook, qui avait lancé une campagne pour inciter les jeunes à aller voter.
Les élections américaines de 2016 mettent en lumière un problème que les démocraties occidentales connaissent actuellement. Le jeu politique des élections n’intéresse plus, et encore moins les forces vives de demain. qui souhaitent une vraie alternative. Celle qui bousculera les codes des appareils politiques actuels (44% des jeunes aux Etats-Unis ne se retrouvaient pas dans les candidatures de Trump ou Clinton). La jeunesse ne s’est déplacé ni pour Hillary, ni pour Trump, et même si elle s’était un peu plus mobilisée pour Bernie Sanders, elle a préféré rester chez elle le jour du scrutin, au lieu de participer à un vote emprunt du sentiment que sa voix n’est pas reconnue.
La victoire de Donald Trump le 8 novembre, c’est avant tout la victoire du populisme, la défaite de notre système de représentation occidental qu’est la démocratie et surtout l’ouverture à une nouvelle page de l’Histoire, celle où le monde se replie sur lui-même par peur de lui-même.
Photos : CC/Gage Skidmore. Source : Flickr et Wikimedia.