Les concerts rock de Mélenchon

Certains le perçoivent comme un Hugo Chavez français, d’autres, comme le sauveur qui libérera le peuple de la Ve république. Jean-Luc Mélenchon ne laisse personne indifférent et sa popularité ne cesse d’augmenter. Selon un récent sondage (1), le candidat se trouve maintenant en troisième place derrière Le Pen et Macron avec 20% d’intention de vote. – Par Mathieu Catafard

Il attire de grandes foules un peu partout en France et se multiplie même en plusieurs lui-même à l’aide d’un hologramme afin d’être présent simultanément dans plusieurs villes. Environ 70 000 personnes selon les organisateurs sont venues l’écouter à la Prairie des Filtres, au bord de la Garonne à Toulouse ce dimanche. J’y étais pour analyser le phénomène.

Le soleil est au rendez-vous dans la ville rose, je mange un kebab à l’entrée du site du rassemblement avec ma collègue, assis sur la pelouse. L’ambiance est détendue malgré la forte présence policière. Des étudiants communistes nous proposent des tracts, les gens sirotent une bière et de la musique militante se charge de l’ambiance.

Mais un changement soudain d’atmosphère me rappelle brusquement que la France est toujours sous Etat d’urgence. Une lignée de gendarmes mobiles nous pousse et nous demande d’avancer pour nous diriger vers l’entrée. Sans trop comprendre nous obéissons, personne ne semble protester.

Mélenchon 2

Tout sac abandonné dans un endroit public est pris au sérieux et peut être considéré comme suspect.« Attendez ! Le sac est à mon pote il l’a oublié ! » crie un homme aux policiers. À l’entrée de la Prairie des Filtres, nous passons au détecteur de métal, on ne rigole plus.

Une fois sur le site, la tension redescend, plusieurs familles pique-niquent sur la pelouse, des jeunes jouent au Aki, les drapeaux français flottent un peu partout dans la foule. Pas de trace de drapeaux européens mais plusieurs du PCF (Parti communiste français). De nombreux militants font la file devant le stand de bières.

Jean-Claude Dabé Gonzalez, toulousain à la retraite et ancien commandant de police est venu supporter celui que l’on surnomme « Méluche ».

« Comme quoi il y a des policiers de gauche ! » lance-t-il d’emblée.

Au début de la campagne, il ne croyait pas trop aux chances de Mélenchon d’accéder au deuxième tour, mais se dit maintenant optimiste. M. Gonzalez ne croit plus au Parti Socialiste (PS), qui selon lui, « applique des politiques néolibérales ». Seul Mélenchon l’interpelle. « Son programme veut promouvoir une véritable république sociale et laïque. Chose qu’on ne retrouve plus dans les autres partis de gauche », dit-il.

La campagne présidentielle actuelle démontre selon lui que les français sont déconcertés par l’évolution des organisations traditionnelles. « Ils ne s’y retrouvent plus, ils sont à la recherche de nouveaux repères, de nouvelles formations » souligne-t-il.

Mélenchon 3

Claudine Bonhomme est membre du parti communiste français. Pourtant, cette année, c’est pour Mélenchon qu’elle votera. Les membres de son parti ont voté à 53,6% en faveur d’un soutien à Mélenchon pour l’élection présidentielle, l’automne dernier.

« S’il est élu, Mélenchon mettra en place une nouvelle république qui sera non plus dirigé par un seul homme, mais bien par le peuple à qui on donnera la parole. Alors pour les communistes, c’est quand même ce qu’il y a de plus important. » explique-t-elle.

L’agricultrice constate elle aussi un ras-le-bol général de la population française envers les partis politiques traditionnels. Sa plus grande peur reste une victoire de Marine Le Pen. « C’est dramatique, elle a bâti sa popularité sur un mensonge, elle a réussi à capter l’attention d’un public complètement désespéré » dit-elle.

 

Un programme contesté

Certaines propositions du programme de la France insoumise ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps en France. On y propose, entre autres, de rejoindre l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) dont fait partie Cuba et le Venezuela et de quitter l’OTAN (l’Organisation du traité de l’Atlantique nord). Au niveau de l’Europe, le mouvement propose d’abord d’abandonner les règles existantes des traités européens actuels pour en renégocier des nouvelles. Autrement, la sortie de l’UE est envisagée ainsi que la mise en place de nouvelles coopérations internationales. Plusieurs analystes considèrent que le mouvement de Mélenchon tend vers le populisme de gauche et l’euroscepticisme.

Mélenchon 4

Syrina Casanova, une jeune mère, est venue écouter Mélenchon avec sa petite fille et son mari. Pour cette ingénieure, les étiquettes qu’on lui attribue sont fausses.

« Il n’est pas du tout populiste, ni un extrémiste de gauche ! La vision de Mélenchon, c’est la gauche véritable, une gauche relativement modérée, c’est ce que le parti socialiste aurait dû être », dit-elle.

Elle nie également qu’il soit anti-européen. « Il a la conviction qu’il faut reconstruire une nouvelle Europe, cependant, il a raison d’être contre l’Union Européenne actuelle qui est une sorte d’oligarchie où les décisions sont prises par une poignée de gens ».

L’art des discours

Le site se remplit rapidement, les organisateurs ont installé des écrans géants à plusieurs endroits. On y montre des discours survoltés de Mélenchon sous fond de musique dramatique.

Le candidat se fait attendre, la foule est fébrile. J’ai l’impression d’être dans un festival rock tout juste avant l’entrée sur scène du groupe que tout le monde est venu voir. Grand admirateur de Fidel Castro, Mélenchon a certes un don pour les longs discours enflammés. Le candidat diplômé de philosophie peut parler durant 2h parfois 3h lors de ses discours.

Debout, situé au milieu de la foule, Jean-Luc Mélenchon arrive après quelques minutes de retard.

« Résistance ! Résistance ! » scande la foule.

« La campagne électorale est devenue autre chose qu’une simple campagne électorale, elle est devenue une immense mobilisation populaire ! », lance Mélenchon.

Dans un discours poétique et théâtral, vêtu de sa célèbre veste noire d’ouvrier, il parle de culture, d’écologie, d’art, de politique internationale, de liberté de presse et cite même du Jean Jaurès.

Il envoie des piques à son rival, François Fillion : « Je dis à M. Fillon, qui aime bien les beaux habits, que bientôt le peuple français va lui offrir une veste électorale cousue main ».

Et à la candidate du Front national : « Est-ce madame Le Pen, qui me reproche mes amitiés paraît-il anti-occidentales, alors qu’elle va boire le thé avec Poutine ? »

Le grand meeting se termine avec La Marseillaise sous le chaud soleil toulousain, les gens repartent tranquillement, dans la bonne humeur.

Le personnage Mélenchon maîtrise certes l’art du langage, mais peut-il réellement appliquer ses idées ? À moins d’une semaine du premier tour, le candidat sait qu’il a l’opportunité d’obtenir un bon score le 23 avril. Les prochains jours seront déterminants pour lui.

Mélenchon 1

Une réflexion au sujet de « Les concerts rock de Mélenchon »

  1. Très intéressant. J’ai écouté en direct le discours. Effectivement un orateur de grande classe. Je me suis plus attardé aux mesures qui impliquent les français. Ces mesures loin du libéralisme sont sûrement appliquables. Bon qu’il parle du Venezuela, qu’il parle comme Castro peut sembler de la caricature mais ça fait du bien et différent. Il a des chances si il va en 2e

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